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mars 2014 

 

 

AFRIQUE - UE

  

L'Europe en crise accueille l'Afrique qui monte

 

 

Trois ans et demi après celui de Tripoli, un quatrième sommet UE-Afrique se tient à Bruxelles les 2 et 3 avril prochains. Face à l’inflation des sommets africains, l’heure n’est plus à l’arrogance d’une Europe hégémonique.

 

Le thème du sommet est "investir dans les personnes, pour la prospérité et pour la paix". Selon les responsables du Service européen d’action extérieure (SEAE) de Catherine Ashton, l’accent sera mis sur le développement des compétences et  les réponses au défi des migrations qui présentent aussi de "grandes opportunités". Parallèlement, un business forum rassemblera des hommes d’affaires des deux continents pour discuter d’opportunités dans le domaine du commerce et des investissements. La prévention, la résolution et le suivi des conflits devraient occuper le devant de la scène : l’UE finance en effet de nombreuses d’opérations de maintien de la paix, comme en Somalie, ou y participe directement comme au Mali et en République centrafricaine. Elle forme aussi les armées malienne et somalienne.

 

Le menu officiel prévoit la revue de la Stratégie commune UE-Afrique mise en œuvre à travers huit partenariats, dans les domaines cités, ainsi que dans ceux des droits de l’homme et de la bonne gestion des affaires publiques, des Objectifs du millénaire pour le développement, du changement climatique, de l’énergie, de la science et des technologies de l’information.

 

Ce sommet consacre la rencontre entre une Europe en crise et une Afrique, certes turbulente, mais en plein essor, avec un taux de croissance du PIB de 5 %  en 2013, et à laquelle le Fonds monétaire international prédit un taux de 6 % en 2014. Les rapports de force ont considérablement changé depuis le premier sommet UE-Afrique de 2000 au Caire. La Chine est devenue, l’an dernier, le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec un volume commercial de 200 milliards de dollars. D’autres puissances, émergentes ou non, courtisent aussi l’Afrique, dont l’Inde, l’Amérique du Sud (qui a tenu avec l’Afrique un troisième sommet l’an dernier en Guinée Équatoriale), le Japon (dont le premier ministre Shinzo Abe vient de faire une tournée africaine en janvier) et les États-Unis qui accueilleront en août un sommet sur le commerce, le développement et la sécurité auquel sont invités 47 Chefs d’État et de gouvernement (mais ni Mugabe ni Al Sisi).

 

Du coup, l’Europe se voit contrainte de démontrer aux Africains son avantage comparatif par rapport aux autres partenaires et dans une situation qui pourrait éroder sa prétention à dicter leur comportement aux dirigeants africains. Concernant l’affaire Mugabe, qui a empoisonné les sommets précédents, cette fois-ci l’Europe joue profil bas. Après la menace de l’Union africaine de boycotter le sommet de Bruxelles si Mugabe n’était pas invité, un communiqué du Service européen d’action extérieure indiquant que le président zimbabwéen serait le bienvenu est tombé le 31 janvier.

 

L’un des défis du sommet sera d’améliorer le dialogue sur des questions litigieuses, comme la Cour pénale internationale, mais on ne voit guère comment réconcilier les points de vue. Il sera également intéressant de voir ce qu’imagineront les diplomates pour éviter des incidents liés à la présence, ou à l’absence, des Présidents Omar El Béchir du Soudan et Uhuru Kenyatta du Kenyan, poursuivis par la CPI… Les Africains non plus ne sont pas exempts d’ambigüités. On ne peut pas, à la fois, brandir la souveraineté et accepter sans sourciller que l’UE paie la note des opérations de maintien de la paix au Sahel, en RCA ou en Somalie…

 

Paradoxalement, c’est sur le terrain du commerce, l’un des plus âpres, qu’une percée pourrait être enregistrée. Cela, grâce à la finalisation, le 24 janvier dernier, à Dakar, des négociations entre l’UE et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest d’un accord de partenariat économique. Celui-ci va se traduire par une libéralisation de 75 % des échanges sur 20 ans entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest (cf. l'article CEDEAO mis en ligne sur RI en février). Cela pourrait inciter les autres régions africaines à signer, à leur tour, un accord du même type, avant la date-butoir du 1er octobre 2014.

 

A Bruxelles, l’UE ne va pas manquer de rappeler à l’Afrique qu’elle demeure son premier donateur avec une enveloppe de 31,5 milliards d’euros au titre du 11ème Fonds européen de développement, destiné aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sans compter le milliard d’euros investi chaque année par la Banque européenne d’investissement dans les pays de la façade méditerranéenne.

 

Enfin, selon le Commissaire européen à l’Industrie, Antonio Tajani, il sera aussi question du "dialogue sur les matières premières". L’Afrique fait en effet l’objet d’une attention accrue de la part de l’UE qui veut sécuriser ses approvisionnements en minerais stratégiques et réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, tout en minimisant l’impact négatif de leur exploitation. D’ici 2020, l’UE veut mettre en œuvre un plan stratégique pour garantir l’approvisionnement de son industrie dans les 14 minerais critiques dont elle dépend en quasi-totalité. Le dialogue concerne aussi le caoutchouc naturel dont plus de 93 % de la production mondiale est concentrée dans le Sud-Est asiatique. De leur côté, les Africains attendent une aide à la transformation de ces produits.

 

François Misser