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novembre 2013 

 

 

Appréciation des risques

 

 

AFRIQUE

  

Réputation carbonisée pour ENRC, Glencore, Shell et l’ENI

 

 

L’image de quatre multinationales vient d’être sérieusement ternie par l’ONG britannique Global Witness qui a interpellé à leur sujet l'UK Business Innovation and Skills Select Committee, à propos de leur implication dans divers scandales en Afrique.

 

 

Enquête en RDC

 

La société kazakhe Eurasian Natural Resources Corporation (ENRC) et la firme Glencore, dont le QG est en Suisse, sont accusées d’avoir conclu des accords impliquant un ami du président congolais Joseph Kabila qui s’est traduit par un préjudice, pour la République Démocratique du Congo, de $ 1,36 milliard, soit l’équivalent de deux fois le budget annuel dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Ces fonds ont été versés sur les comptes de sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux comme les Îles Vierges britanniques. Tant ENRC que Glencore et leur partenaire israélien, Dan Gertler, qui a facilité ces transactions, ont prétendu qu’elles ont été exemptes de corruption.

 

Il n’en demeure pas moins que la réputation d’ENRC est sérieusement entamée. Le Serious Fraud Office britannique (SFO) a ouvert une enquête criminelle contre ENRC. Et le cabinet d’avocats Dechert, engagé par ENRC pour mener une enquête interne, a déclaré avoir trouvé des preuves de paiements à des présidents africains et l’existence de détournements de dizaines de millions de dollars. Selon Global Witness, ENRC a induit en erreur les autorités britanniques par des déclarations écartant les risques de corruption, si bien que cela remet en question le feu vert donné par les responsables du London Stock Exchange à la cotation de cette entreprise.

 

Fait assez insolite : les trois premiers actionnaires d’ENRC cherchent, aujourd’hui, à retirer la société du LSE en rachetant les parts des autres actionnaires pour domicilier la société au Kazakhstan. La démarche vise à contrecarrer l'enquête du SFO.

 

Enquête au Nigeria

 

Shell et l’ENI ont versé $ 1,1 milliard pour obtenir l’accès à un champ pétrolier nigérian offshore, sachant que cet argent terminerait sa course sur le compte bancaire de Malabu Oil and Gas géré par l’ancien ministre du pétrole Dan Etete, reconnu coupable de blanchiment d’argent. On est en plein conflit d’intérêt car le ministre avait attribué le bloc à Malabu, alors qu’il était encore en fonctions.

 

Des enquêtes judiciaires ont démontré que les paiements à l’État nigérian ont finalement abouti sur les comptes de Malabu. Global Witness affirme que les $ 801 million versés à Malabu ont transité sur les comptes de sociétés écrans nigérianes dont l’identité des propriétaires est demeurée secrètes. Des centaines de millions de dollars destinés à Malabu ont été gelés au Royaume Uni. Cela n’a pas empêché certains intermédiaires possédant des comptes aux Îles Vierges Britanniques de toucher $ 110 millions.

 

On ne sait pas ce que décideront les tribunaux britanniques à propos de ces affaires mais il semble que l’on est encore qu’au début de ces révélations. Global Witness appelle le gouvernement de Londres à faire en sorte que les noms des bénéficiaires de ces transactions, propriétaires de compagnies domiciliées au Royaume Uni, soient connus. Londres est invité à créer un registre des bénéficiaires des sociétés de droit britannique.

 

Le Royaume Uni est également invité à faire en sorte que les territoires de la Couronne, comme les Iles Vierges, l’Ile de Man, Jersey et Guernesey ou Gibraltar, pour n’en citer que quelques-uns parmi ceux qui abritent des paradis fiscaux, créent aussi des registres où apparaitront les noms des véritables propriétaires des sociétés.

 

Pour Glencore, cette nouvelle affaire vient ternir une réputation déjà écornée par les révélations démontrant que sa filiale zambienne Mopani Copper Mines versaient très peu d’impôts et taxes à l’État hôte, ce qui a conduit, en 2011, la Banque européenne d’investissement (BEI) à annoncer qu’elle ne prêterait plus d’argent à cette société. Glencore fait par ailleurs l’objet d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF).