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Octobre 2013 

 

Rubrique opportunité

 

BIRMANIE-UE

 

L'effet Aung San Suu Kyi

 

 

C’est l’effet Aung San Suu Kyi : le Myanmar (Birmanie) est en train de rentrer en grâce auprès de l’UE. La militante et parlementaire d’opposition a reçu, le 22 octobre, le prix Sakharov à Strasbourg, 23 ans après qu’il lui eut été décerné et trois après la fin de sa détention à domicile. Le plus important est sans doute la déclaration selon laquelle son pays effectue des progrès sur le chemin de la démocratie et en matière de liberté de conscience. L'heure est à la normalisation, aux investissements et aux échanges.

 

Mais, en même temps, Aung San Suu Kyi a insisté sur les lacunes des institutions, sur le besoin de doter le pays d’une Constitution et de lois qui garantissent à ses habitants le droit de vivre dans la dignité.

 

Quelques jours auparavant, à Bruxelles, l’icône de la résistance aux généraux a été reçue par le président de la Commission européenne, José Manuel Durrão Barroso, qui s’était lui-même rendu au Myanmar en 2012. José Manuel Barroso a rappelé que les relations ont considérablement changé depuis la levée, l’an dernier, des sanctions européennes (sauf l’embargo sur les armes) et le retour du régime des préférences généralisées dans le commerce bilatéral. Ce dernier offre, depuis, un très important potentiel de croissance.

 

En 2010, les échanges avec l’Europe ne représentaient, en effet, avec € 235 mns, que 2% à 3% du montant total des échanges du Myanmar avec le reste du monde (un peu plus de € 12 milliards).

 

L’UE est consciente que le chemin vers la démocratie n’est pas achevé et que davantage reste à faire mais elle a décidé de voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. "La volonté est là et le Myanmar mérite le soutien de la communauté international pour poursuivre son processus de réformes politique et économique", a déclaré Barroso, exprimant le souhait que l’UE joue un rôle dirigeant dans cette évolution.

 

Rappelant que l’UE a dépensé € 150 mns en dons au cours des deux dernières années, pour renforcer les capacités des services publics, pour mettre en œuvre les réformes et contribuer à la réduction de la pauvreté, José Manuel Barroso a annoncé que l’UE allait former la police du Myanmar aux techniques de contrôles des foules et lui prodiguer une éducation aux droits de l’homme, à la demande du gouvernement, et de Aung Suu Kyi en tant que présidente de la commission de l’Assemblée nationale sur l’État de droit.

 

L’UE va également dépêcher une mission d’observation aux élections générales de 2015 en vue de s’assurer qu’elles seront crédibles, transparentes et inclusives.

 

De son côté, le Service Européen d’Action Extérieure dirigé par Catherine Ashton rend hommage au président birman U Thein Sein, qualifié de "moteur du changement".  Le Service, qui a ouvert une ambassade à Yangon le 28 avril 2012, souligne aussi les remarquables progrès sur les fronts ethniques et les cessez-le-feu intervenus, passant de facto sous silence la persécution dont sont victimes les musulmans rohingyas.

 

En revanche, il souligne le besoin, pour le gouvernement birman, de consolider sa légitimité en pratiquant une meilleure gestion, en améliorant les compétences de son administration et en rendant le système judiciaire indépendant de l’exécutif. Les services d’Ashton insistent aussi sur le besoin d’un bon cadre réglementaire, d’une libéralisation des marchés et de la nécessité d’intégrer le Myanmar dans l’économie régionale.