SAVOIR, PRÉVOIR, ANTICIPER
Au Moyen-Orient, en Afrique,  Asie, Amérique latine

et dans les pays de l'Est
Accès
Abonnés

février 2013

 

 

Union Européenne

 

Effets secondaires d'une loi éthique sur le bois

 

 

Un nouveau règlement européen destiné à combattre l’exploitation et le commerce illégal du bois entre en vigueur le 3 mars prochain. Mais beaucoup de pays fournisseurs, notamment africains, ne seront pas prêts.

 

Le nouveau "Règlement sur le bois de l’Union européenne" (RBUE) impose aux opérateurs de la filière bois européenne d’utiliser un système dit "de diligence raisonnée", plus communément qualifiée de "due diligence" en anglais,  pour faire la preuve que le bois importé est d’origine légale. Ce RBUE a aussi pour objet de contrôler l’exploitation des forêts des pays producteurs et de supprimer le commerce de bois illégal entre ces pays et l’UE.

 

Il veut enfin garantir une offre de bois légale dans les pays producteurs signataires d’accords de partenariat volontaires, ayant établi un système de vérification de la légalité, doublé d’un système d’autorisations à l’exportation (dites "autorisations FLEGT", acronyme qui signifie en français "Application des réglementations forestières, gouvernance et commerce").

 

En luttant contre ces pratiques illégales, il s’agit pour la Commission européenne de mettre fin à la déforestation encouragée par des lobbies puissants. Ce genre de criminalité génère un chiffre d’affaires estimé au niveau mondial à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

 

Tout en poursuivant le but louable de lutter contre l’abattage dans les aires protégées et le trafic d’essences protégées, le non-paiement des droits et taxes sur la récolte du bois, les dépassements des quotas ou le non respect des critères d’abattage, le règlement européen risque cependant d’entraîner des effets collatéraux non désirés, à commencer par une chute des exportations de bois vers l’Europe.

 

En effet, beaucoup de pays n’ont pas signé d’APV. Et ceux qui l’ont fait, à savoir le Cameroun, le Congo-Brazza et le Ghana, ne seront pas prêts à la date voulue. En effet, le système de traçabilité est difficile à mettre en place. En outre, il n’est pas adapté. Le Cameroun a opté pour un système de traçabilité du bois utilisant des codes-barres, ce qui n’est guère adéquat dans le contexte des forêts communautaires dépourvues d’électricité, d’ordinateurs et d’imprimantes.

 

Il semble qu’une partie seulement des opérateurs sera en mesure de satisfaire aux exigences de l’UE. Ce sera le cas des exploitants de surfaces certifiées par le Forest Stewardship Council (FSC) ou Conseil de soutien des forêts, qui réunit les organismes intéressés par la gestion forestière, qui atteste que le bois a été produit dans des conditions de durabilité ou les titulaires de certificats OLB (Origine et légalité des bois) développé par le bureau Veritas.

 

Mais ce ne sera pas celui petits producteurs ou des exploitants de forêts communautaires. Seules de grandes compagnies telles Pallisco au Cameroun, Rougier au Gabon ou Danzer au Congo-Brazzaville, pourront s’offrir le coût de la certification.

 

En fait, les superficies certifiées FSC ou OLB ne représentent que 6 % de l’ensemble du massif forestier d’Afrique Centrale. Autrement dit, la plupart des exportations vers l’Europe seront bloquées. Un coup dur pour le Cameroun où la filière bois représente 6 % du PIB ou bien la Centrafrique, où elle est le second pourvoyeur d’emploi après l’État.

 

Il faut aussi savoir qu’environ 80 % des exportations camerounaises sont destinées à l'UE et le pourcentage est de 60 % pour l'Afrique Centrale.

 

Un premier risque est qu’une partie de la production se tourne vers le marché chinois, moins regardant sur l’origine durable ou sur la légalité des produits. Un autre risque est que les pays africains, avec le concours de grands groupes agro-alimentaires comme OLAM au Gabon, ne convertissent les permis forestiers en concessions minières ou en terres agricoles, avec tout le dommage que cela représente pour la biodiversité.

 

François Misser