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 octobre 2011

Libre opinion

  

De l'utilité d'un nouveau groupe de Pays émergents :

 les "CIVETS"

 

 

Selon le Wall Street Journal, une nouvelle catégorie de pays émergents ciblés par les investissements étrangers vient d’être créée : les "CIVETS". Regroupant la Colombie, l’Indonésie, le Vietnam, l’Égypte, la Turquie et l’Afrique du Sud ("CIVETS" en anglais), cette entité regroupe des pays qui disposent d'une population composée en grande partie de jeunes adultes (d'un âge moyen tournant autour de 27 ans), ce qui devrait les amener à développer très rapidement leurs marchés intérieurs. Ces Etats sont, de ce point-de vue là, moins dépendant de leurs exportations que les pays dits "BRIC" – Brésil, Russie, Inde et Chine.

 

Le groupe financier HSBC à l’origine de cet acronyme « signale l’augmentation des investissements étrangers dans tous les pays CIVETS, des niveaux de dette publique relativement bas (sauf pour la Turquie) et des notes de crédit souverain évoluant vers la catégorie "investissement" ».

 

Tout en s’interrogeant sur les disparités réelles profondes qui existent entre ces pays, le WSJ indique que les investissements dans les CIVETS seraient profitables : « bien qu’il n’ait été établi que depuis 2007, l’index S&P CIVETS 60 dépasse l’index S&P BRIC 40 et S&P BMI émergents sur 1 et 3 ans » .

 

Deux pays méritent une attention particulière : l’Afrique du Sud, qui a la particularité d’avoir aussi un pied dans les pays dits « BRICS » et la Colombie, toujours aux prises avec un conflit armé - certes en pleine reconfiguration - mais souvent localisé dans des zones convoitées par les transnationales minières, ou visés par les mégaprojets d’infrastructures de communication et d'hydroélectricité. Les considérations des médias financiers sur l’amélioration de la stabilité politique et de la sécurité sont d'ailleurs en complet décalage par rapport aux propos tenus, depuis le début de l’année, par le président JM Santos lui-même – sans compter l’ONU qui vient d’enjoindre la communauté internationale à « prendre le conflit colombien au sérieux ».

 

C'est la semaine dernière, que la première réunion officiel de rapprochement entre les 6 ministres des finances des 6 pays CIVETS s’est déroulée à Washington, en marge des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Il est intéressant de remarquer que seul le ministre des finances colombien a fait connaître, dans un communiqué officiel, la teneur de cette rencontre : définition d’un agenda commun à l’échelle de plusieurs dizaines d’années à venir, centré sur le développement d’infrastructures, les activités minières et la biodiversité, ainsi que la signature d’un engagement de tous les pays CIVETS de se rassembler en marge des futures réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Selon le quotidien économique colombien La Republica, ce premier rapprochement formel permet de positionner son pays en tête du groupe CIVETS avec un taux de croissance confirmé de 5,2 % pour le premier semestre 2011 et sa discipline fiscale.

 

Surtout, les vraies priorités sont claires : mines et infrastructures – les activités économiques et thèmes traités étant subordonnés à la priorité donnée au secteur minier, d’autant que le gouvernement de Juan Manuel Santos a assaini le chaos de licences d’exploration et exploitation, chaos largement engendré par la corruption des institutions de l’état au cours des 8 années de règne de l’ex-président Uribe.

 

Côté sud-africain, le peu d’articles publiés sur le sujet témoigne surtout d’un grand scepticisme  : début juin, un commentateur du Business Day décrivait ainsi sa perception du groupe des nouveaux marchés émergent : « … les marchés émergents gagnants auront certains facteurs en commun. En plus d’un fort taux de croissance de leur PIB, ils ont besoin de pouvoir garder un niveau compétitif au niveau de leurs exportations et de leur emploi dans le secteur industriel. Tout le contraire de l’Afrique du Sud » !

 

En avril 2011, le site économique www.minyanville.com et sa section CIVETS WATCH ont passé en revue les pays CIVETS en fonction de leur rang dans le classement du Global Competitiveness Index du Forum Économique Mondial. Les observations de CIVET WATCH, contrairement à la plupart des articles sur ce sujet, incluent, par contre, les problèmes d’instabilité politique et de corruption des pays concernés.

 

Autre dimension à prendre en compte : les visées des pays industriels dans la promotion de ces CIVETS. N'y a-t-il pas, là, une volonté de faire contre-poids aux accords-économiques des nations de l'UNASUR (en général de gauche), avec des investissements privés promis à la clé ? Le cas de la Colombie est intéressant à suivre car ce pays est, à la fois, membre de l’UNASUR et signataire de plusieurs accords de libre échange qui sont politiquement divergents par rapport à l’UNASUR – dont le récent TLC avec le Canada, ainsi que le prochain TLC avec l’Union européenne – sans compter l’attente du vote au congrès américain du TLC avec les États-Unis.

 

Il est clair que la Colombie qui se voit bien en tête de proue du groupe CIVETS, pourrait aussi y jouer un rôle de "cheval de Troie" au profit des industries minières internationales !

 

Laurence Mazure