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 février 2012 

  

Libre opinion

  

Cambodge : l'accaparement des terres agricoles

 

 

Le Cambodge est devenu un cas d’école dans le domaine de l’accaparement des terres par les compagnies agro-industrielles, selon un récent rapport de l’ONG Aprodev, qui associe plusieurs églises protestantes de l’Union européenne. Dans cette affaire, le régime commercial « tout sauf les armes » introduit en 2002 par le Commissaire Pascal Lamy est détourné de sa finalité primaire qui était de faciliter les exportations des PMA.

 

Selon ce rapport, près de 56 % des terres arables ont été accordées à des sociétés de ce type, et les auteurs du rapport expriment la crainte que le régime commercial préférentiel « tout sauf les armes », offert par l’UE aux Pays moins avancés, soit en train d’encourager l’accaparement des terres dans ce pays, parce qu’il le rend plus profitable pour les élites corrompues qui s’emparent des terres des petits paysans. En effet, l’UE a jusqu’à présent refusé de faire en sorte que le respect des droits de l’homme soit pris en compte dans ses accords commerciaux.

 

En conséquence, le rapport recommande que les politiques européennes fassent en sorte de ne pas encourager l’accaparement illégal et qu’elles soient conformes au Traité de Lisbonne qui exige que l’objectif de lutte contre la pauvreté ne soit pas sapé par d’autres politiques. Il recommande aussi à l’UE d’introduire le renforcement des critères sociaux dans les systèmes de certification de la directive sur les énergies renouvelables (qui stipule que le biocarburant ne peut pas être produit dans des conditions qui favorisent la déforestation).

 

Selon ce rapport, la population des paysans sans terres est passée, au Cambodge, de 13 % à 25 % entre 1997 et 2007, dans un pays où 80 % des 15 millions d’habitants vivent de l’agriculture et où le tiers de la superficie du pays est considéré comme étant arable. L’un des problèmes principaux est la fragilité du statut des terres villageoises. Après la défaite des khmers rouges en 1979, les communautés en ont repris le contrôle. Mais la propriété privée a été réintroduite dans le milieu des années 1980. En 1992, une loi foncière a introduit des certificats de propriété foncière, qui devaient, en principe, confirmer la possession des terres à ces communautés ou leur attribution à de nouveaux propriétaires. Mais, depuis, de nombreux conflits ont surgi, opposant des communautés qui dépendent des ressources forestières à des concessionnaires de terrains économiques. Selon la loi foncière de 2001, celles-ci ne doivent pas excéder 10 000 ha mais, en réalité, cette clause est détournée.

 

Le rapport cite le cas emblématique du sénateur Ly Yong Phat, qui se trouve à la tête d’un réseau contrôlant 90 000 hectares de plantations de canne à sucre. Il est lui-même directeur de la Ko Koh Kong Plantation Co Ltd, dont la superficie atteint presque 10 000 ha. Et cette plantation, en réalité, fait partie de la même exploitation que la Koh Kong Sugar Co Ltd, également située dans le district de Sre Ambel.  Dans la zone, les gardiens armés de ces sociétés interdisent aux communautés locales l’accès à leurs terrains. En 2006, lors d’un assaut donné par la police militaire, plusieurs villageois ont été blessés et plusieurs têtes de bétail ont été tuées.

 

Au total, 400 familles sont affectées par le problème qui commence à faire des vagues à Bruxelles. Le sujet a été évoqué déjà dans plusieurs institutions (Conseil des ministres, Commission européenne, Service d’action extérieure et Parlement européen). Il faudra sans doute réagir. Déjà, l’an dernier, la Banque Mondiale, sous la pression des ONG et des communautés, avait requis un moratoire de l’expulsion d’habitants de la zone du Lac de Boueung Kak, situé près de Pnom Penh, menacés par des projets agro-industriels.

 

Contact: www.aprodev.eu