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27 mars 2014 

 

 

MAROC

  

Qu'est-ce qui fait courir le Roi ?

 

 

 

Le roi du Maroc déploie une intense offensive de politique économique qui l'a conduit en Afrique subsaharienne, en février, et qui devrait, en juin, l'amener à répondre à l'invitation du président chinois Xi Jinping à se rendre en Chine, pour sceller un "partenariat stratégique". Mohamed VI  n'épargne pas sa peine pour renforcer la croissance et les échanges. Mais le fait est que l'économie marocaine, en dépit d'une image favorable, connait des revers difficiles à surmonter.

 

Le premier sujet d'inquiétude est incontestablement le taux de chômage. Selon le rapport de la Banque centrale Al Maghrib publié le 25 mars, la lenteur de la croissance non agricole en 2013 a sérieusement affecté le marché du travail, surtout en milieu urbain, au quatrième trimestre 2013. La perte nette d'emplois s'est alors élevée à 32 000 postes de travail en milieu urbain, propulsant le taux de chômage à hauteur de 14,4 % dans les agglomérations, contre 13,2% seulement un an auparavant. Ce sont les secteurs de l'industrie et des BTP qui ont le plus perdu d'emplois salariés (respectivement 41 000 et 53 000 postes au troisième trimestre 2013).

 

En milieu rural, les chiffres du chômage sont moindre (4% au troisième trimestre 2013) mais recouvrent en partie des emplois non rémunérés, dont une part importante de la main d'œuvre féminine. Au total, le taux de chômage officiel s'est élevé à 9,5 % à la fin 2013, contre 8,7% un an auparavant. Chez les jeunes citadins âgés de 15 à 24 ans, ce taux culmine à hauteur de 34,6 %. Dans la tranche d'âge suivante (25 à 34 ans) il est encore de 19,8%.

 

Le problème de l'emploi des diplômés s'est également aggravé entre la fin 2012 et la fin 2013, passant de 18,1% à 18,6% en milieu urbain. On imagine bien le type de difficultés politiques et sociales qui peuvent surgir d'une telle situation.

 

Les deux secteurs des BTP et de l'industrie affichent de faibles performances. Les "Bâtiments et travaux publics" ont enregistré deux trimestres consécutifs de recul : -0,2% au troisième trimestre 2013 et -0,6% (estimation) au quatrième trimestre. L'immobilier ne donne encore aucun signe de reprise, comme le montre la baisse des ventes de ciment depuis janvier (mais il est vrai que le début d'année a été pluvieux !).

 

Dans le secteur industriel, ce sont les mines et le textile qui rencontrent le plus de difficultés. La demande mondiale de phosphate est en berne, ce qui a entrainé une forte baisse des cours au quatrième trimestre 2013 et en janvier 2014. Les exportations de phosphates et dérivés ont reculé de 18% en valeur sur l'ensemble de l'année 2013. En janvier 2014, elles ont encore diminué, en volume et en valeur.

 

Dans la branche des textiles et cuirs, le taux d'utilisation des capacités de production est passé de 73 % à la fin janvier 2013 à 68 % seulement à la fin janvier 2014.

 

Des signes de reprise, malgré tout

 

Le secteur des industries manufacturières est, par contre, dopé par l'installation de Renault à Tanger. Les exportations automobiles ont doublé en 2013. Au mois de février, elles se sont encore accrues de 44% par rapport à la période correspondante de l'année dernière.

Le secteur de l'énergie électrique connait lui aussi une orientation favorable : après 3,9 % de croissance au quatrième trimestre 2013, elle s'est encore accrue de 6,8% en janvier 2014, en variation annuelle.

 

Le tourisme semble avoir retrouvé des couleurs. En janvier 2014 les arrivées et les nuitées se sont encore accrues de plus de 9%. Cette progression vient confirmer les résultats d'une année 2013 déjà très favorable, avec une hausse de la fréquentation touristique de 7%, plus de 10 millions d'entrées et la création de 20 000 emplois dans ce secteur. Mais il faut tout de même souligner que 30% des touristes sont des Marocains résidant à l’étranger. Le Maroc est encore loin de son objectif 20 millions de touristes à l’horizon 2020. Et le taux d’occupation national des hôtels n'atteint toujours que 43%. Le nombre de passagers transportés par avion a cependant augmenté de 9,2% en 2013, avec des pics de hausse dans les aéroports de Marrakech, Agadir, Dakhla et Essaouira.    

 

Le secteur agricole pourrait lui aussi tirer son épingle du jeu cette année, en dépit des inquiétudes qu'il suscitait voici trois mois. Certes, personne ne s'attend à une réédition des performances exceptionnelles de 2013, mais les précipitations ont été bonnes au début de cette année et les barrages d'irrigation sont suffisamment remplis pour la campagne céréalière de 2014. La production de fruits et de primeurs a également bien commencé l'année, de même que l'élevage.

 

Pronostic de 3 % de croissance en 2014

 

Pour la Banque centrale Al Maghrib, qui vient de publier son rapport sur les prévisions 2014 et la politique monétaire, le 25 mars la croissance devrait cette année s'établir autour de 3%. Mais cela suppose un redressement de 4% des activités hors agricole, du fait du léger recul attendu du secteur primaire. Ce n'est donc pas encore tout à fait gagné.

 

En effet, les résultats de la dernière enquête mensuelle de conjoncture de la Banque centrale auprès des industriels marocains, qui portent sur le mois de février, font apparaitre une stagnation des ventes et du taux d'utilisation des capacités de production. Les industries chimiques et agroalimentaires sont même en repli. Par contre, l'enquête de la Banque centrale auprès des industriels montre que ces derniers sont assez optimistes : les carnets de commande se remplissent et les chefs d'entreprises s'attendent à une amélioration de leurs ventes dans les prochains mois.

 

Dans le tertiaire, la croissance de la valeur ajoutée du tourisme pourrait s'établir à près de 4% au premier trimestre 2014. La progression du secteur des télécommunications est forte, avec une croissance moyenne annuelle de près de 9% du parc de la téléphonie mobile et de 46% du parc de l'internet.

 

Mais la Banque Al Maghrib reste très prudente. En effet la consommation des ménages marocains tend à s'essouffler, du fait notamment de la progression du chômage urbain. La conjoncture internationale n'est pas propice aux phosphates, premier des produits de base exportés par le Maroc. Quant à l'Europe, premier partenaire commercial, elle ne se redresse que lentement. Voilà pourquoi le roi s'est lui-même désigné en premier des représentants de commerce de son Royaume, allant chercher la croissance où elle se trouve, en Afrique comme en Asie, accompagné à chacun de ses déplacements d'une très forte délégation de femmes et d'hommes d'affaires marocains…