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octobre 2014 

 

 

RUSSIE - G 20

  

Apaisement pour la croissance

 

 

Réunis à Washington en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du G20 ont évoqué, dans les couloirs, la possibilité de lever les sanctions décrétées contre la Russie. Selon le ministre russe des Finances Anton Silouanov, "Personne n'a besoin de sanctions qui entravent nos efforts visant à stimuler la croissance économique".

 

Les discussions ont donc bien avancé depuis le 5 septembre,  jour où les autorités de Kiev et les représentants des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk avaient signé, à Minsk, un accord en 12 points prévoyant un cessez-le-feu.

 

À l'issue de pourparlers avec son homologue russe Sergueï Lavrov, à Paris, le 14 octobre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry n'a pas hésité à déclarer : "Notre objectif aujourd'hui consiste à approfondir nos possibilités de coopération, à travailler avec la Russie dans les domaines où nous pouvons le faire, dans les intérêts de nos pays et des pays concernés par les démarches que nous allons entreprendre", ajoutant : "Si les Etats-Unis et la Russie parviennent à travailler ensemble, le monde sera plus sûr".

 

Le FMI a contribué à cet apaisement, à sa façon, en soulignant, dans son dernier rapport sur les "Perspectives économiques mondiales", tout le mal que la crise ukrainienne avait causé à la croissance des pays d'Europe centrale et orientale, ainsi que les risques de crise énergétique qu'elle fait peser sur l'Europe occidentale.

 

Les prévisions de croissance des pays de la CEI (ex-bloc soviétique) pour 2014 ont été fortement revues à la baisse. Le FMI ne prévoit plus qu'une croissance de 0,8 %, en grande partie imputable à la forte récession que traverse l'Ukraine, dont le PIB devrait reculer de 6,5 %. Quant à la Russie, le FMI prédit, pour cette année, une croissance de 0,2%,  et un léger mieux, de 0,5%, pour l'année prochaine.

 

Le ministre russe des finances Anton Silouanov n'a pas caché ses préoccupations. Dans ses entretiens avec la presse, il a reconnu que l'impact des sanctions sur l'économie mondiale n'étaient certes pas, officiellement, au menu de la réunion des ministres des Finances du G20 en marge de la réunion du FMI et de la BM, mais que "dans les couloirs tout le monde avait exprimé sa volonté de normaliser au plus vite la situation dans le sud-est de l'Ukraine et de lever les sanctions, car cela gêne indéniablement les affaires et la stimulation économique". Selon lui, les sanctions ne font qu'ajouter de la négativité aux pronostics du FMI, chose dont personne n'a besoin et qui va à l'encontre des tâches de contribution à la croissance économique.

 

Qui réglera la dette russe de l'Ukraine ?

 

Moscou espère aussi que les mesures adoptées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale en vue de soutenir l'économie de l'Ukraine aideront également ce pays à rembourser ses dettes vis-à-vis de la Russie. "L'économie ukrainienne traverse une période difficile, et nous espérons que les mesures adoptées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale porteront leurs fruits et que Kiev sera en mesure de remplir ses engagements vis-à-vis de la Russie et des autres investisseurs qui ont acheté des titres ukrainiens", a déclaré récemment le ministre Anton Silouanov dans une interview à la chaîne de télévision Rossiya 24.

 

Rappelons que le montant total de la dette gazière ukrainienne s'élève actuellement à 3,5 milliards de dollars. À la suite de l'annulation de toutes les remises accordées à Kiev sur le gaz russe, le 3 avril dernier, le prix du "combustible bleu" pour l'Ukraine a atteint 485,5 dollars les 1.000 m3. C'est ce prix qui avait été fixé dans le contrat signé en 2009 entre les groupes gaziers russe et ukrainien Gazprom et Naftogaz. Selon Kiev, il s'agit d'un prix "inacceptable" et "politique".

 

Il est vrai que la situation catastrophique de l'économie de l'Ukraine n'est pas niée par Moscou mais celle-ci voudrait que l'UE et les USA payent le prix d'une crise géopolitique que les Russes leur imputent. Le directeur Europe du FMI Paul Thomsen a d'ailleurs reconnu que l'Ukraine pourrait avoir besoin d'une "aide financière supplémentaire, bien qu'il soit encore trop tôt pour parler de son montant". En avril, le FMI avait approuvé un plan d'aide de 17 milliards de dollars pour l'Ukraine, dont 4,6 milliards ont déjà été transférés à Kiev.

 

La Russie aurait bien besoin de cette manne financière pour relancer une économie en berne. Cependant, aucune menace ne plane, pour l'instant, sur les finances publiques de la fédération.

L'excédent du budget fédéral russe s'est chiffré à 1.110 milliards de roubles (près de € 21,7 milliards) au cours des neuf premiers mois de 2014, ce qui représente 2,1 % du PIB. D'après les estimations préliminaires du ministère des Finances, les recettes du budget fédéral ont atteint 10.700 milliards de roubles (€ 209,5 mds) sur janvier-septembre 2014, ce qui représente 75,1% du niveau prévu pour 2014. Les dépenses budgétaires se sont, quant à elles, établies à 9.600 milliards de roubles (€ 187,9 mds), soit 68,7% du niveau prévu pour l'ensemble de l'année.

 

On comprend, dans ces conditions, que les entreprises européennes soient impatientes de retrouver le marché russe…